La maison de Claudine

Dans ce travail, j’interroge le passage de l’enfance à l’âge adulte et les bouleversements sous-jacents. En photographiant depuis cinq ans cette maison, dans laquelle j’ai passé enfant, une grande partie de mes vacances, je me plonge dans un passé évanescent, une mémoire sur le point de disparaître. Cette maison vieillit. L’odeur des chats est venue supplanter celle des pins mais ma grand-tante est toujours là, fidèle à ses rituels, à ses goûts pour les plantes, la littérature et les chats. Je me plonge dans cet univers, élément de stabilité face au temps qui passe.

Ce travail s’inscrit dans une réflexion plus large intitulée « valise ouverte », que je mène depuis plusieurs années sur la question de la transmission de la mémoire familiale dans l’exil et sur la notion d’enracinement / déracinement.Cette maison apparaît pour moi comme un point d’ancrage physique avec le territoire. Le titre fait référence à l’ouvrage de Colette, auteur particulièrement apprécié par ma grand-tante. Cette série se compose d’une quarantaine d’images, de notes prises sur les lieux, d’enregistrements et de photographies de famille.

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« 8 août 2016

Inspection des lieux. Avant de pouvoir vaquer à mes occupations, j’ai besoin de m’imprégner de cette maison et de son jardin. Je photographie la végétation sauvage, les entrées de lumière par une fenêtre, entre deux pins, à travers des buissons. J’observe la lumière qui se reflète dans la piscine, dans les multiples portes vitrées et puis dans ces miroirs pliants, déformant. J’observe les chats, qui ont pris possession de cette maison. Ils se reposent de leur nuit de chasse et d’errance. Un chat dort tranquillement sur la chaise bébé, dont le rotin est usé. L’assise de la chaise est remplacée par un dessus de plat blanc, carré et rigide. Un chat m’observe depuis la table blanche au fond du jardin. Je m’approche doucement pour le photographier. Il continue à m’observer. C’est un nouveau, Pimpim, fils de voyelle, le chouchou du moment. Il n’est pas sauvage. Je retrouve aussi mon compagnon Jules, le robot qui nettoie la piscine. Je remarque quelques dérèglements. Son jet sort de manière imprévue d’un bout à l’autre de la piscine. Il arrose les portes vitrées, le long miroir ovale. Il risque bientôt de m’arroser moi, mon ordinateur et mon appareil photo, si je ne reste pas sur mes gardes. Mes sens sont à l’affût, en éveil. Je sens ce petit vent, qui vient de temps de temps caresser mon visage, mes jambes, mes oreilles pour s’éteindre aussi rapidement. Le soleil perce aussi de manière imprévue. Je le suis. Je l’observe. Et puis, cette odeur, celle des pins, qui se mêle depuis quelques années à celle des chats. L’odeur des chats m’entête, me prend le nez. J’éternue. Mon nez coule.

A l’arrivée dans les lieux de mon enfance, j’ai déjà un parcours bien défini. Je commence par les abords de la piscine. Les herbes folles ont été tondues par un nouveau jardinier. Il ne reste que quelques fougères. Elles sont grillées par le soleil. Le sol est sec et rugueux. Je retrouve les parasols rayés bleus et blancs couchés. Les tables rondes sont rouillées par le temps. Deux pots de fleurs majestueux, d’un ton vert jade, encadrent la piscine. Ils étaient dans mon enfance toujours fleuris. Je crois que c’étaient des géraniums roses et blancs. Et puis, je longe la piscine. »

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